« Créer l’effet de foule avec les futurs leaders RSE » - Entretien avec Aude Serrano

« Créer l’effet de foule avec les futurs leaders RSE »
Entretien avec Aude Serrano, Directrice pédagogique d’Écopia, l’école des leaders RSE.

Directrice pédagogique d’©Ecopia, Aude Serrano

Ava a rencontré une militante du “travailler autrement” : la directrice pédagogique d’Ecopia, école pionnière des métiers de la RSE en France.  Elle forme des acteurs de la transformation, experts des enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux inhérents à l’entreprise d’aujourd’hui. Durant leur cursus en alternance, les étudiants intègrent l’entreprise et accompagnent la dynamique du changement. Aude Serrano nous explique le rôle de cette école, pièce maîtresse dans l’échiquier de l’apprentissage de la RSE.

Ava - Qui êtes-vous Aude Serrano ? Quelle est votre mission à Ecopia ?

Je suis Aude Serrano, la directrice pédagogique d'Ecopia. Formée à l’entrepreneuriat social depuis 2011, je travaille dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la formation depuis 8 ans.

Ecopia est une école qui forme des étudiants aux métiers de la Responsabilité Sociétale des Entreprises avec des cursus allant de bac +0 à bac +5 en alternance.. Ici, je gère la pédagogie et la scolarité : concrètement le programme pédagogique, les cours et l’accompagnement des étudiants mais aussi le recrutement et le suivi des enseignants.

❝ Ecopia est une nouvelle école qui forme aux métiers émergents de la RSE ❞

Étudiants d’©Ecopia

Ava - Que signifie la RSE, la Responsabilité Sociétale des Entreprises ? Comment se décline-t-elle dans vos cursus ?

La définition de la RSE est simple : c’est l’application du développement durable en entreprise. Elle prend en compte à la fois les enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux de la structure.  

La RSE questionne les modèles d’affaires des entreprises, leur gouvernance et tous les métiers de l’entreprise. Les professionnels de la RSE doivent maîtriser un socle solide de connaissances des enjeux sociaux et environnementaux actuels : par exemple, quelles sont les obligations règlementaires à maîtriser pour l’entreprise ? Comment les métiers d’aujourd’hui peuvent-ils s’adapter à ces nouveaux modèles ?

❝ La RSE questionne les modèles d’affaires,
la gouvernance et tous les métiers de l’entreprise ❞

Les étudiants bénéficient de cours très variés : géopolitique, durabilité, enjeux environnementaux, RSE, reporting extra-financier, modèles d’affaires durables, marketing responsable, etc. Ils ne s’ennuient pas !

Ava - Parlez-nous d’Ecopia : sa genèse, sa raison d’être.

L’initiative d’un passionné d’éducation

Le fondateur d’Ecopia se nomme Adrien Normand. À l’origine, il avait déjà une appétence pour le secteur de l’éducation en ayant soutenu le développement de plusieurs établissements d’enseignement supérieur. Par ailleurs, la thématique RSE lui tient particulièrement à coeur depuis quelques années.

De plus, une analyse pragmatique des besoins en formations dans l’enseignement supérieur a révélé que les métiers liés à la RSE étaient en tension.

Les métiers RSE : un marché illimité

Aujourd’hui, les entreprises ont besoin de profils formés. Elles ne sont pas encore outillées pour mettre en place tous les changements règlementaires et déployer de façon extensive des stratégies de durabilité. L’idée derrière Ecopia : que l’employabilité soit assez forte pour que les étudiants puissent facilement trouver une alternance lors de leurs études.

❝ Pour conduire le changement, les entreprises
ont besoin de profils spécialisés RSE ❞

Intervention de Sophie Virapin ©Ecopia

La transition écologique et sociale est nécessaire pour préserver le vivant sur la planète. Pour que cette transition ait lieu, il faut qu’un maximum de personnes soient formées. Il faut que les entreprises se positionnent en tant qu’acteurs et que les salariés soient eux-mêmes moteurs de transformation pour mener cette transition économique, écologique et sociale.

❝Ecopia forme des acteurs pour mener
la transition écologique et sociale en entreprise  ❞

La pédagogie active et l’insertion professionnelle immédiate

Les étudiants réalisent de nombreuses études de cas et s’immergent dans les problématiques concrètes et complexes de nos entreprises partenaires. Ainsi, ils deviennent agiles et aptes à agir rapidement sur ces sujets-là.

Chez Ecopia, on croit aussi à l’inclusion sociale de tous.tes au sein de l’école. Notre organisme doit être accessible financièrement à tous les étudiants, d’où le choix de l’alternance. Nos profils sont diversifiés : certains sont déjà à l’aise avec les codes du monde professionnel tandis que d’autres le sont moins.

Étudiants d’©Ecopia

Ava - L’étudiante Manon Kerspern fait ses études à Ecopia. Ava suit attentivement son parcours depuis des années : ses études à UniLasalle, son Duoday à Burger King et son poste actuel de chargée de mission RSE à Wandercraft. Comment se passent les études de Manon chez vous ?

Elle est arrivée chez nous à la rentrée 2022. Dès son parcours d’admission, elle nous a fait part de ses besoins d’adaptations et de son usage régulier d’Ava Pro.

Chez Ecopia, nous favorisons la pédagogie active et les échanges en petits groupes. Or, Manon est très autonome. Dès le séminaire de rentrée, elle a parfaitement suivi notre team building inspiré du théâtre ! Elle se prend toujours au jeu et s’intègre super bien. Quand elle n’a pas compris, elle n’hésite pas à demander et tout se passe au mieux. Elle incarne le fait qu’une personne sourde ou malentendante peut tout à fait réussir ses études supérieures.

Portrait de Manon Kespern, étudiante à Ecopia ©Ecopia

Dès la rentrée, Manon a pris la parole pour sensibiliser ses camarades de classe à sa surdité et leur expliquer comment fonctionner avec elle lors de travaux de groupes. Elle possède un micro relié à ses implants cochléaires. Lors de cours ou d’exposés, les intervenants ou élèves portent ce micro. J’ai vraiment eu l’impression que les élèves de la promo avaient intégré ça de manière naturelle, sans se poser de questions.  

Enfin, Manon utilise le logiciel Ava Pro. Officiellement, Manon est salariée à temps plein chez Wandercraft. C’est donc cette entreprise qui prend en charge l’abonnement Ava et les heures de Scribe. Ecopia complète la prise en charge d’Ava Scribe. Par ailleurs, les professeurs fournissent à Manon les supports en amont des cours et certains aménagements ont été mis en place, comme un ⅓ de temps supplémentaire lors des examens.

❝ L’entreprise de Manon, salariée malentendante,
prend en charge son abonnement Ava Pro ❞

tous les devices

Ava est disponible gratuitement sur tous les supports. ©Ava

Ava - Comment gérez-vous l’inclusion sociale dans l’école elle-même ? Des élèves d’Ecopia ont-ils besoin d’aménagements au sein de l’établissement ?

Actuellement nous avons plusieurs étudiantes en situation de handicap dans l’école, que ce soit en Mastère ou Bachelor. D’autres étudiants sont porteurs des maladies chroniques handicapantes, mais ne sont pas reconnus étudiants RQTH.

Malgré notre petite équipe, nous faisons le maximum pour prendre en compte la situation de chacun. Par exemple, nous pouvons intégrer des aménagements spécifiques lors des épreuves certifiantes. Nous réalisons des démarches auprès du certificateur et informons les intervenants si l’étudiant a besoin de sortir plus souvent ou de justifier plus d’absences.

L’accessibilité des études pour tous reste une question fondamentale pour nous. Nous ne sommes pas équipés pour accueillir toutes les formes de handicaps, mais nous réalisons des aménagements au cas par cas.

Directrice pédagogique d’©Ecopia, Aude Serrano

Nos étudiants évoquent le sujet du handicap entre eux. C’est également étudié en cours, comme celui sur le management inclusif qui parle de diversité et d’inclusion en entreprise. Par ailleurs, je dispense un cours sur les enjeux sociaux du handicap : une thématique très appréciée par nos étudiants !

Dans la société c’est devenu une vraie question, alors que le handicap avait longtemps été relégué au rang de sujet tabou.

L’inclusion au sein d’Ecopia doit montrer l’exemple.

❝ Ecopia souhaite montrer l’exemple en matière d’inclusion sociale ❞

Ava - Concernant la déficience auditive, quels sont les préjugés que vous rencontrez le plus souvent ? Qu’est-ce que vous aimeriez voir évoluer dans les années à venir ?

En tant qu’interlocuteur il y a beaucoup de choses assez simples à mettre en place face à une personne sourde ou malentendante :

  • parler moins vite ;
  • se mettre en face à eux quand on leur parle ;
  • aller droit au but ;
  • supprimer plein de petits détails de langage superflus. En français, on alourdit parfois les phrases sans en avoir conscience (exemple : “je me permets de vous contacter “etc.)

C’est très important que chacun soit au contact de ce type de handicap invisible, car si on n’y a pas été confronté, on ne sait pas comment réagir. Or, la sensibilisation de base est simple !

Par exemple, un jour j’ai vendu un objet sur Le Bon Coin. La personne qui me l’a acheté était sourde. J’étais contente de savoir dire “merci” en LSF et je savais qu’il fallait que je la regarde quand je lui parlais. Avoir ces codes, simples et pourtant essentiels, devrait être à la portée de tous.

Ava - Selon vous, comment promouvoir l’égalité des chances et l’accès à la communication pour ceux qui ont des besoins spécifiques en entreprise ? Quelle est votre vision à ce sujet ?

- Des préjugés persistants

Dans l’entreprise actuelle, de nombreuses idées préconçues subsistent sur l’intégration du travailleur handicapé dans le monde professionnel. Souvent, cela est dû à une méconnaissance du sujet. Les employeurs  “se font une montagne” de ce qu’il y a à mettre en place : ils redoutent la lourdeur administrative des demandes d’aides financières ou techniques à effectuer, anticipent les possibles difficultés rencontrées et craignent une intégration difficile du salarié dans l’équipe… Cette méconnaissance génère des freins importants.

Une fois qu’on intègre les travailleurs en situation de handicap, on réalise que le processus n’était pas si compliqué. De plus, ces salariés apportent leur regard singulier à l’entreprise, au même titre que chacun d’entre nous est unique et véhicule sa propre vision du monde. Plusieurs études montrent que plus une équipe est diversifiée, plus les productions et collaborations y gagnent !

- Montrer des exemples positifs & sensibiliser

Pour casser ces freins, il faut montrer un maximum d’exemples prouvant que les personnes reconnues RQTH peuvent parfaitement s’intégrer. On doit aussi sensibiliser les équipes aux différents types de handicaps : dyslexie, déficience auditive, visuelle, psychiques…

Par ailleurs, le système actuel, scolaire et professionnel, a tendance à “casser” ceux qui ne rentrent pas dans les bonnes cases.  Cela n’aide pas les jeunes à avoir confiance en leurs capacités, et cela se ressent ensuite dans la vie professionnelle. Les entretiens de recrutement sont parfois compliqués et si l’on y ajoute la méconnaissance de l’entreprise sur le sujet, le résultat peut être franchement décourageant.

❝ Je crois en la formation comme vecteur de transformation ❞

Une des solutions réside dans le partage d’expérience entre pairs salariés dans différentes entreprises. En effet, quand un responsable handicap d’une entreprise cherche à sensibiliser les équipes sur la question du handicap, son intervention peut paraître biaisée. En revanche, quand la “bonne parole” provient d’un pair d’une autre entreprise, il bénéficie de plus de crédit. On l’écoute davantage. Il faut valoriser les structures qui ont fait de l’inclusion et l’accessibilité une priorité !

Ava Scribe, une solution simple pour l’entreprise inclusive


Ava - Aujourd’hui quels sont les grands chantiers de Ecopia ?

Comment imaginez-vous les leaders RSE de demain ?

Notre but est de former des acteurs de la transformation, sur tous les plans (personnel et professionnel). Plus il y aura de gens formés, plus on pourra agir positivement sur la transition sociétale en cours. Nous nous intéressons à l’impact indirect d’une personne formée chez Ecopia qui formera, à son tour, son entourage direct.

❝ Notre but : former un nombre croissant de personnes
qui vont AGIR et sensibiliser leur entourage ❞

Pour Ecopia,  cela signifie : continuer à assurer sa mission le mieux possible en formant toujours plus de citoyens. Nous voulons former et informer pour être suffisamment nombreux à agir. Nous souhaitons que notre impact soit optimal sur le volet “formation initiale”. C’est la raison pour laquelle nos parcours pédagogiques sont en phase avec les besoins de formation actuels et les métiers en tension.

Chez Ecopia, on a aussi à coeur d’innover. Par exemple, pour accompagner la recherche d’alternance des étudiants, nous avons sollicité des mentors. Au fond, notre grand défi reste l’employabilité des étudiants, leur professionnalisation et leur intégration sur le marché du travail.

Par ailleurs, toujours sur la problématique d’accessibilité, nous avons ouvert un campus en ligne, qui permet aux personnes éloignées des grandes villes ou ne résidant pas en France de devenir à leur tour des leaders RSE.

Ava - Un mot de la fin ?

Je voulais remercier Antoine Remy, Eu Sales Director chez Ava.

J’ai été impressionnée par son accompagnement lors de l’installation du logiciel Ava pour Manon. Au-delà de l’aspect technique de l’outil, il est resté en contact avec elle tout le long de sa recherche d’alternance et a pris le temps de faire le lien entre son entreprise et notre équipe. Il nous a transmis tout ce qu’il fallait savoir sur l’outil Ava Pro.  Il m’a même envoyé la vidéo de Manon faite avec UniLaSalle !

Finalement ça a été très simple et très fluide de travailler avec Ava. Je voulais que Manon soit super bien accueillie et j’avais “mis la barre” assez haut :  Antoine nous a beaucoup aidées. Je voulais le remercier par la qualité du service fourni et pour son implication tout au long du processus.